"Penser et débattre l'avenir contre le terrorisme et pour la paix" Olivier Dartigolles

Publié le par Véronique Mahé

"Après l'abomination de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray, après l'effroi et la sidération, le débat politique national a pris une bien sale tournure. L'air est vicié. D'abord avec une surenchère sécuritaire s'attaquant directement à l’État de droit. Jamais, face au terrorisme, une telle rupture n'a eu lieu par le passé.

Avec la loi du 21 juillet prorogeant l'état d'urgence, François Hollande et le gouvernement ont accepté ce qui avait jusque là été refusé à une droite courant après le FN. Cela est presque passé inaperçu mais c'est pourtant d'une extrême gravité. La première victoire face à Daech est de ne renoncer à rien en terme de démocratie, même transitoirement.

Vaincre le terrorisme et vivre en sécurité doit aujourd'hui être pensé et débattu différemment. Le renforcement de l'arsenal législatif après chaque attentat est une fuite en avant qui ne règle rien alors que les efforts doivent prioritairement porter sur les moyens pour la mise en œuvre de politiques publiques renforcées en terme de sécurité, de renseignement, de justice, d'éducation, de culture. Nous le savons bien, les réponses se limitant à la sécurité intérieure ne permettront pas de répondre à cette question : quand et comment va-t-on en finir avec tout çà ? Il faut pouvoir en débattre, pouvoir faire le bilan de ce qui a été fait, des avancées mais aussi des échecs, pouvoir élargir le champs des questions à traiter. Face aux amalgames, aux simplifications, aux réductions, aux petits calculs politiciens, il y a urgence à aller au fond des sujets, à faire face à la complexité dans le cadre d'un débat public, pluraliste et instruit, dont la qualité sera la plus belle des réponses à l'obscurantisme, d'où qu'il vienne.

Posons directement le sujet central. Veut-on la paix ou la guerre ? Veut-on l’aggravation et le pourrissement des conflits jusqu’à leur traduction dans notre société par des fractures et des tensions dont on mesure aujourd'hui les immenses périls, ou enfin bâtir un monde de paix et de solutions politiques au Proche et au Moyen-Orient. Quelle politique étrangère de la France ? Quelle rôle pour l'ONU ? Avec quel agenda, quelles priorités, notamment en direction des États, des réseaux, des logiques qui financent et soutiennent Daech ? Quelle solidarité active avec les démocrates en Turquie ?

Autre défi, celui qui consiste à très vite répondre idéologiquement à l'opération sur la question de l'Islam en France, qui ne date pas d'aujourd'hui mais qui est relancée dans des circonstances aussi dramatiques que dangereuses. Alors que la réponse de l’État devait strictement rappeler et faire vivre la laïcité républicaine, réponse moderne et exigeante face aux enjeux actuels, le sidérant et désolant concours Lépine qui est donné à voir avec un casting où chacun, Valls et les dirigeants de la droite tiennent bien leur rôle, a pour seul objectif un détournement de l'opinion publique, une mystification pour ne pas parler du reste. On a déjà connu récemment, avec l’épisode de la déchéance de nationalité, de tels procédés. On sait donc qu'il ne sont pas irrésistibles. Qu'ils peuvent être mis en échec.

Le reste, c'est le chômage et l’échec des politiques d’austérité, c'est que décidément cela ne « va pas mieux » comme l’indique clairement la dernière note de conjoncture de l'Insee. C'est l'absence de perspectives positives, notamment pour la jeunesse des quartiers populaires. C'est un procureur de la République à Pontoise, qui, après la mort du jeune Adama Traoré, n'arrive toujours pas à parler d'asphyxie alors que les deux rapports d'autopsie l'indiquent et que les gendarmes devant les enquêteurs ont admis que ce jeune à « pris sur lui le poids des trois agents au moment de son interpellation ». C'est de tout cela dont notre pays souffre et sur ce terreau, sur ces braises, que les cœurs et les âmes s'interrogent, et que, trop souvent, les djihadistes recrutent.

Dans ces temps troublés et douloureux, où nous cherchons les raisons d’espérer et la manière de penser l'avenir, où nous devons choisir ce qu'il nous faut oser pour ne rien céder aux fausses « fatalités », à ce qui est trop souvent présenté comme « inéluctable », comme si l'avenir était d'ors et déjà tracé dans une direction et une seule, les paroles qui aident au discernement sont rares. Dans un paysage politique et médiatique dominé par les surenchères sécuritaires, autoritaires et identitaires, les paroles proposant autre chose sont précieuses.

Lors de l'hommage rendu au prêtre jacques Hamel, le maire de Saint-Etienne-du-Rouvray, a évoqué la prochaine rentrée scolaire. Parlant « des semaines d'après », Hubert Wulfranc présente cette rentrée comme d'une « étape cruciale et concrète ». Il a raison. C'est vrai à Saint-Etienne-du-Rouvray, par « devoir de fraternité », et devant toutes les écoles du pays dans « le respect de tous ». Tout se joue là, avec les enfants et leurs parents. Cette rentrée scolaire sera l’occasion d'échanges, de discussions où nous pouvons être attentifs aux autres.

Contrairement à ce qui s'était passé après les attentats de janvier 2015, aujourd'hui, les gens parlent peu. Quand les choses restent enfouies, ce n'est jamais bon signe. Parler, exprimer les choses comme elles sont ressenties dans la confusion des idées et des sentiments, c'est une étape indispensable. Voilà aussi pourquoi, la grande consultation citoyenne proposée et animée par le PCF est un espace citoyen à déployer en grand. Les allées, les stands et les débats de la prochaine Fête de l'Huma permettront à la parole populaire et citoyenne de faire véritablement irruption dans le débat politique. Très souvent, après les quinze à vingt minutes nécessaires pour remplir le questionnaire « Que demande le peuple », les personnes ayant répondu positivement à notre sollicitation nous disent « merci ». Merci de prendre notre avis, de nous demander de dire ce que nous vivons, ce que nous voulons.

Avec le Front de gauche, nous avons su par le passé faire de l'intervention populaire le moteur d'une gauche d'alternative et de progrès social et démocratique. C'est cela que nous proposons, certes dans des conditions différentes, mais sans rien lâcher sur l'essentiel. Aujourd'hui, comme hier lors de la création et du développement du Front de gauche, nous combattons le présidentialisme et les populismes, nous invitons à des batailles politiques et sociales qui dépassent l'horizon de 2017, à des solidarités en France, en Europe, y compris avec les travailleurs détachés qui sont nos frères de combat, et dans le monde.

A l'appel à la fraternité du maire de Saint-Etienne-du-Rouvray sont venues faire écho les paroles du pape François lors des Journées mondiales de la jeunesse. Les semeurs de guerre et de haine, ceux qui jugent que « le problème, c'est l'Islam », devraient les lire très attentivement. Pour le pape, « tant qu'au centre de l'économie mondiale, il y a le dieu argent et pas la personne, c'est ça le premier terrorisme. C'est un terrorisme de base contre toute l'humanité ». Et encore : « le monde est en guerre. Quand je parle de guerre, je parle sérieusement : il y a la guerre des intérêts pour de l'argent, pour les ressources de la nature, il y a la guerre pour la domination des peuples ». Ou encore, un appel à l'engagement contre les « frontières et les identités » que les violents voudraient voir se transformer en motifs d'affrontement. Et enfin, « nous ne voulons pas vaincre la haine par davantage de haine, vaincre la violence par davantage de violence, vaincre la terreur par davantage de terreur. Et notre réponse à ce monde en guerre a un nom : elle s’appelle fraternité ».

Il existe dans notre peuple, des hommes et des femmes, des forces, autant de ressources considérables pour plus de République et de démocratie, pour plus de droits et de justice, de respect, de fraternité et d'égalité. Dans un monde de paix. C'est sur cela qu'il faut réfléchir et agi
r, pour 2017 et après."

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