HOMMAGE AUX REPUBLICAINS ESPAGNOLS LE 11 FEVRIER 2017 - Allocution de Manuel DURAN délégué régional de l'ACER

Publié le par Véronique Mahé

HOMMAGE AUX REPUBLICAINS ESPAGNOLS LE 11 FEVRIER 2017 - Allocution de Manuel DURAN délégué régional de l'ACER

HOMMAGE A UX RESISTANTS ESPAGNOLS
BASE DES SOUS-MARINS DE SAINT-NAZAIRE 10 FEVRIER 2016
Allocution prononcée par Manuel Duran membre des Amis des combattants en Espagne
Républicaine.
Monsieur le Maire de Saint Nazaire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des Associations, Syndicales et
Politiques et des Associations des Anciens Combattants,
Chers Amis,
Je veux tout d'abord remercier le Maire de Saint-Nazaire et la municipalité
d'avoir accédé à la demande du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés
de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire Inférieure, et de
l'ACER, -les Amis des Combattants en Espagne Républicaine- association
héritière de l'AVER l'Amicale des combattants volontaires en Espagne
Républicaine, plus connus sous le terme d'anciens Brigadistes. Merci de nous
donner la parole lors du dévoilement de cette plaque apposée sur cette base des
sous-marin ancrée à Saint-Nazaire comme se sont ancrés en-France des dizaines
de milliers d'étranger venus d'Europe fuyant les régimes fascistes à la fin des
années trente.
On ne peut dissocier la construction de cette base des hommes qui ont été forcés

"Avant la déclaration de guerre, les réfugiés espagnols constituent la grande
majorité des travailleurs étrangers, affectés dans des unités militarisées réparties
à travers tout le territoire, les Compagnies de travailleurs étrangers (CTE) crées
en avril 1939. Le décret loi du 12 avril 1939 impose aux étrangers bénéficiaires
du droit d'asile d'apporter à l'armée des « prestations» sous forme de travail en
remplacement du service militaire. Ces prestataires, notamment Espagnols,
constituent les premiers contingents des compagnies de travailleurs étrangers.
Après l'armistice cette main d' oeuvre sera très rapidement convoitée par les
forces d'occupation Nazis.
Les projets de construction de repaires pour sous-marins et de défenses côtières
sur la façade atlantique et les besoins grandissants de main d'oeuvre sur les
chantiers de l'organisation Todt conduisent dès mars 1941 l'occupant à prélever
des travailleurs étrangers retenus dans les camps de concentration Français et les
GTE de la zone libre.
Ges travailleurs espagnols ont traversé deux périodes qui ont conditionné leur
engagement personnel, social et politique: la République et la Guerre d'Espagne
premier acte de la deuxième guerre mondiale.
Ces deux événements sont des composantes essentielles de leur trajectoire vers
la résistance, la déportation, le péril de leur vie.
Cette plaque symbolisera la mémoire de ses travailleurs forcés, et résistants
sur le sol de France.
Oui, Résistants, car ils ne faisaient que continuer le combat commencé, quelques
années plus tôt contre le fascisme et la liberté en Espagne Républicaine.
Modestement, l'ACER peut dire que nous sommes les héritiers d'hommes et de
femmes qui ont forgé de par leur engagement, au péril de leur vie une histoire
commune, une histoire partagée, avec ces Républicains espagnols.
Le coup d'état du général Franco le 18 juillet 1936, contre la jeune République
Espagnole, et son agression par les futures forces de l'axe, n'avaient qu'un seul
objectif, combattre la démocratie, restaurer une gouvernance aux mains des
grands propriétaires.
En Espagne et de par le monde, des femmes et des hommes se sont soulevés et
ont essayé au péril de leur vie de repousser ce coup d'état des factieux, de
défendre les valeurs de la démocratie, de la liberté, de combattre le fascisme
international. Dès le 18 juillet des démocrates étrangers présent à Barcelone
pour participer aux Olympiades, participèrent à la défense de la République et
contribuèrent ainsi à mettre avec le peuple catalan hors d'état de nuire les
troupes rebelles.
A travers le monde entier la solidarité avec la république s'organise, à saint
Nazaire des collectes sont réalisés par la CGT, le PCF, et une majorité de
militants socialistes, Marcel Hatet, qui mourra en 1943 sous la torture de la
gestapo, en sa qll:alité de secrétaire départemental. de la Fédération Ouvrière et
Paysanne des Anciens Combattants et Mutilés, Veuves Ascendants, et orphelin
de guerre, organise une grande exposition à Nantes au Château des Ducs en
présence de l'ambassadeur d'Espagne. Des hommes de St Nazaire s'engagent
aussi, Monsieur Victor Morin, Monsieur Louis Bertrand, Monsieur Daniel
Haspot de Trignac lui, ne reviendra pas tué à la bataille de l'Ebre. A total ce
seront 49 brigadistes du département qui s'engagèrent dont furent tués.
Dans les Brigades Internationales dès le mois d'octobre, ils participeront aux
côtés de l'armée républicaine espagnole comme troupes de choc dans toutes les
grandes batailles pour sauver la République, ils seront reconnus pour leur
courage au combat, leur moral combatif, leur conscience politique élevée. Si les
volontaires français sont de loin les plus nombreux, il y avait également 52
autres nationalités, Aller défendre Madrid c'était défendre Paris, la liberté de
l'Europe et l'Histoire leur donna raison.
Les constructeurs de cette base ont croisé ces hommes ! Ces internationaux,
venus de tous les quatre coins du monde pour les aider, pour combattre avec eux
la bête immonde.
Comme les travailleurs forcés ! Des milliers ne sont pas revenus chez eux,
certains sont enterrés au creux d'une tombe sans que leurs familles ne sachent ce
qu'ils sont devenus, d'autres restent portés disparus.
Avec eux, les travailleurs forcés ont connu la défaite républicaine,
l'internement dans les camps français dans des conditions inhumaines, avec les
internationaux qUI ne pouvaient plus rentrer chez eux, allemand, Italiens,
Polonais.
Avec eux, les travailleurs forcés ont connu la déroute de l'armée française et
l'entrée de l'armée allemande à Paris, mais leur détermination demeura intacte,
comme celle des internationaux.
Avec eux, ils ont connu le fascisme et ses méthodes, et ils savaient qu'il n'y
avait pas d'autre choix que de l'affronter malgré l'état de débâcle matérielle et
morale de la France en 1940.
Les anciens des BI et les Espagnols exilés de l'armée républicaine se sont
retrouvés nombreux pour poursuivre le combat antifasciste sur le sol français.
Ils ont été parmi les premiers, aux côtés de militants politiques et syndicaux, à
tenir bon dans la tourmente, à ne pas céder au défaitisme, et à commencer à
s'organiser.
Dans notre département, particulièrement à Nantes, Blain et St Nazaire ici même
les travailleurs forcés ont été à l'origine de cette résistance espagnole :
instructeurs militaires mais aussi diffuseurs de tracts clandestins en langue
maternelle auprès de leur compatriotes.
Par des petits gestes ils résistaient, On peut citer le rôle des frères Escuer Gomis
qui par leur gestes appropriés rendirent impropre à l'utilisation la fonte de la
première statue «Timmy » démontée par l'occupant et vouée à devenir de
l'armement.
C'est pour ces raisons que certains ont été arrêtés, jugés par un tribunal de guerre
allemand dans les meilleurs des cas déportés et porteront le triangle bleu dans
les funestes camp nazi comme Monsieur Joan Escuer Gomis et d'autres
condamnés à mort. 'oublions pas, en cette veille de la commémoration du
procès des 42, les Résistants Espagnols, fusillés le 13 février 1943 à Nantes et
enterrés clandestinement au cimetière de la Chapelle Basse Mer où ils se
trouvent encore aujourd hui.
Alfredo Gomez Ollero, .guel Sanchez Tolosa, Basilio Blasco Martin,
Benedicto Blanco Dobarro et Ernesto Prieto Hidalgo.
Hommage à eux!
Nous sommes, aujourd'hui des passeurs de mémoire, et chaque génération a sa
propre responsabilité pour que ces histoires exemplaires de la Résistance ne
tombent pas dans l'oubli, l'indifférence, ou même la récupération idéologique.
Responsables politiques, enseignants, associations mémorielles, nous avons un
travail de mémoire pour faire connaître et vivre au présent les valeurs portées
par ces combattants antifascistes, par ces combattants de la liberté.
Aujourd'hui cette plaque, et leurs indications contribueront à la transmission de
la mémoire auprès des Nazairiens et autres visiteurs.
Cette mémoire doit rester active de manière à ce qu'elle reste préventive.
Car malheureusement l'actualité que nous vivons, tend à ressembler à certains
évènements déjà vécu dans les années trente.
Comme durant les années 30, la montée des populismes et des extrémismes
s'accompagne mécaniquement d'une montée des protectionnismes, des
nationalismes et des xénophobies.
L'extrême droite et autres populisme s'approchent ou participent à un
gouvernement: l'Autriche, les Pays-Bas, la Slovaquie, la Tchéquie, la Serbie et
surtout la Hongrie. On constate maintenant que des tensions croissantes entre
Etats se manifestent, qu'une agressivité nouvelle affleure, que des prétentions
territoriales apparaissent.
La recherche du bouc-émissaire comme solution aux difficultés des peuples
restent malheureusement de vieilles recettes toujours d'actualité.
Notre vieille Europe n'est pas à l'abri d'une grave rechute de l'intolérance et du
conservatisme, et ses instances institutionnelles ont des réactions bien molles
devant les résurgences du fascisme en Hongrie et aux Pays-Bas, alors qu'elles ne
trouvent pas de mots assez durs pour fustiger la population grecque, victime
d'une régression sociale impitoyable.
En cette période d'élection Présidentielle, certains discours sur la famille, le
travail, les étrangers ont des relents pétainistes.
Si les conditions historiques ne sont jamais identiques, la vigilance s'impose et
nous devons la faire absolument partager.
Pour être efficaces dans ce combat difficile, les jeunes générations doivent
connaître leur passé si l'on veut que, nourries de l'expérience de leurs aînés,
elles inventent des formes inédites de lutte dans le combat incessant pour le
progrès social et la démocratie,
d'indignation.
forgeant leur esprit de résistance et
Je vous remercie de votre écoute et remercie particulièrement pour leur
présence les représentants ICI présent, de Mémoire de l'Exil Républicain
Espagnols dans le Finistère."

Manuel DURAN

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