"85 personnes ont autant que 3,5 milliards d'individus" Patrick LE HYARIC

Publié le par veronique mahe

Ces informations sont aussi incroyables que révoltantes : les 85 personnes les plus riches de la planète ont, à elles seules, autant de patrimoine que 3,5 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale. Entre les années 1980 et 2012, un pour cent des plus fortunés ont acquis un patrimoine de 110 000 milliards de dollars, soit 65 fois plus que la moitié de la population mondiale la plus pauvre. Jamais sans doute le monde n’a disposé de tant de richesses, de tant de capacités pour permettre le mieux être pour toutes et tous, et pourtant, jamais les richesses ne se sont accumulées à ce point à un petit pôle des sociétés contre l’immense majorité. Qu’à l’intérieur de ces tendances existent dans certains grands pays des évolutions dans lesquelles des couches nouvelles accèdent à la prospérité ne change pas la logique générale. Encore qu’il est intéressant d’observer que s’opèrent des améliorations là où les dirigeants des pays, aiguillonnés par des mouvements sociaux diversifiés, refusent l’engrenage des déréglementations capitalistes à tout va, comme au Brésil, en Chine, en Inde ou en Afrique du Sud. Autant de pays d’ailleurs où les plus pauvres ne cessent de réclamer par l’action toujours plus de justice sociale.

 

Le gotha mondial du monde des affaires, réuni la semaine dernière à Davos, s’en inquiète. L’économiste en chef de cette institution, M. Jennifer Blanke a poussé ce cri de panique devant la presse : « Regardez ce qu’il s’est passé avec le printemps arabe. Regardez ce qu’il s’est passé au Brésil. Regardez en Afrique du Sud, les gens ne peuvent tout simplement plus le supporter ». Ceci ne signifie en rien que les grands décideurs mondiaux vont se convertir à la justice sociale et écologique. Non, bien sûr ! Leur principale question est d’obtenir un certain consentement des populations à leurs choix, une intégration des citoyens à un système si gravement en crise qu’il est à la merci d’un cumul de crises sociales, budgétaires, environnementales, dont celle de l’eau, qui, avec le chômage, la mal vie galopante et la faim, peuvent provoquer un écroulement du système mondial. C’est d’ailleurs le même M. Blanke qui l’avoue : « Chaque risque examiné… dit-il… pourrait provoquer une défaillance à l’échelle mondiale. Mais c’est leur interconnexion qui accentue leurs effets négatifs au point qu’ensemble, ces effets pourraient être décuplés ».

 

Voilà qui en dit long sur l’échec du système capitaliste, de plus en plus financiarisé et mondialisé qui permet l’accaparement des richesses par une infime minorité. C’est le résultat de politiques décidées ces dernières années, avec les déréglementations financières, les programmes d’austérité, la diminution des taux d’imposition sur le capital et les très hauts revenus, la tolérance ou l’organisation de l’évasion fiscale. Cela aboutit de plus en plus à une confiscation des pouvoirs par l’oligarchie financière et à un recul de la démocratie. C’est le cas particulièrement dans l’Union européenne, où les gouvernements appliquent des politiques d’austérité et de régression sociale, sous la dictée d’institutions européennes non élues et de la Banque centrale européenne. Les salariés sont maltraités tandis que les profits des grandes entreprises et la rémunération des actionnaires atteignent des niveaux vertigineux. La fortune des dix personnes les plus riches d’Europe dépasse désormais le coût total des mesures publiques de relance mises en place dans l’Union européenne. Autrement dit, les choix actuels conduisent à plus de chômage et de pauvreté, tandis que les riches deviennent toujours plus riches.

 

Que dans un tel contexte, F. Hollande fasse droit en priorité aux demandes du grand patronat et du Medef est lourd de conséquences pour l’avenir, alors que jusque là, la gauche s’était toujours efforcée de réduire les inégalités par un meilleur partage des richesses. Preuve est faite que la multiplication des cadeaux sociaux et fiscaux au grand patronat ne crée pas de travail mais favorise la spéculation financière. Celui-ci n’est jamais rassasié. Voici qu’après avoir obtenu 30 milliards de cadeaux, il en réclame 60, sans aucune contrepartie. Face à cette pression, le mouvement social et progressiste doit se lever, particulièrement le 8 février prochain.  On ne peut plus accepter que 10% des plus fortunés disposent de la moitié des richesses mondiales tandis que 90% de la population se partagent le reste. La fuite en avant ultralibérale en Europe, la capitulation d’une partie de la gauche devant le mur de l’argent, le projet du marché de libre-échange transatlantique et trans-pacifique, aggraveraient encore les choses. Seul un mouvement unitaire, déterminé, conscient, peut inverser les choses en agissant pour des fiscalités progressives, favorables au travail et dissuasives de la spéculation ; la mise en place d’un crédit public pour le développement humain et écologique ; la lutte contre l’évasion fiscale et le retour des réglementations du flux du capital ; l’incitation à des projets de coopération entre peuples à la place de la concurrence acharnée, ou encore des appropriations publiques et sociales contre l’accaparement privé des richesses, peuvent ouvrir une nouvelle voie pour l’humanité.

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