PLACE DES RÉVOLUTIONS, PLACE DES GRANDS HOMMES QUI NOUS PIÉTINENT

Publié le par veronique mahe

En Tunisie, une jeune femme se retrouve coupable alors qu'elle est victime d'un viol par des policiers. La révolte devant une situation aussi incongrue et ubuesque, mais malheureusement toujours banale,  me donne envie de partager avec vous le dernier édito de Clara magazine (journal de Femmes Solidaires)
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"De place en place, nous marchons, nous les femmes, pour occuper l’espace, ne pas laisser de place, entre la démocratie et nous, entre l’émancipation et nous, entre la vie et nous, pour réchauffer nos ventres, notre ferveur et notre envie de vivre autrement nous poussent, nous les femmes, de place en place, place de la Bastille, place Rouge, place Carrée, place Tahrir, place des Révolutions, place des Grands Hommes qui nous piétinent, pour fêter, pour pleurer, pour vivre, nous marchons, nous avançons parfois sur place, de place en place, parce que nous ne trouvons pas notre place, parce qu’on nous déplace, qu’on prend notre place, qu’on nous interdit la place, qu’on nous viole, qu’on nous juge sur place, publique, les places sont des carrefours où les vents mêlent et démêlent nos tragédies, des indigents, des gens gentils, des drôles de gens, nous rejoignent sur place, dans tous les pays, pour se soulever, puis pour parler à notre place, puis nous remplacent, finalement nous oublient sur place, et ne pensent plus qu’à faire leur place, place de la Bastille, place Rouge, place Carrée, place Tahrir, place des Grands Hommes qui nous piétinent, nous les femmes, qu’on ne nous oublie pas, place à totem, place à petit génie, ou place à tourbillon de l’Histoire, place de la Bastille, l’espoir s’impose à nous au vent de mai, nous l’espérons, sans nous décevoir, nous les femmes, place Tahrir au soleil de juin, des frères s’installent par les urnes pour prendre place, et bientôt toute la place, choisir à notre place, notre statut, notre vie, ils nous remplacent et vont parler à notre place, saurons-nous garder une place, mais aurons-nous encore la force de descendre et d’occuper l’espace, de place en place, de marcher, nous les femmes, ne pas laisser de place, entre la démocratie et nous, entre l’émancipation et nous, entre la vie et nous."

Carine Delahaie Rédactrice en cheffe

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